Par Blodgett traite ici de sa traduction d’un autre recueil de Brault, Au fond du jardin. En ce sens, il propose un comparatisme portant non seulement sur les imaginaires respectifs de l’anglais et du français au Canada et sur leurs zones de contact, mais surtout sur les enjeux des différents types de rapports à la traduction émanant de telles zones. Les moments de rencontre « où le son est le sens », où l’anglais et le français se fondent, ne durent que le temps du « fi-bi » d’une mésange à capuchon noir (Brault in Blodgett et Brault 1998 : 41), et les auteurs sont vite rattrapés par le discours social à l’arrière-plan de leur conversation poétique. La seconde remarque est méthodologique et vise à prendre en compte les divergences existant entre deux textes qui font pourtant sensiblement le même exercice. Citant Walter Benjamin, Bhabha y voit en effet « that element in a translation which does not lend itself to translation » (voir Bhabha 1994 : 224 ; Benjamin 1968 : 75). je traverserais cette langue, je la traverserais jusqu’à ma langue propre (et inconnue), et au cours de cette traversée pénible et salutaire, je me perdrais dans l’autre et l’autre se retrouverait en moi » (1989 : 212)[4]. Bien que la manière dont ces coûts sont estimés ne fasse pas consensus, l’insistance sur leur importance, reprise dans les médias, nourrit l’impression « que les anglophones paient un excès de taxes pour que les francophones puissent jouir de services inutiles », ainsi que l’ironise Edmund A. Aunger (2012 : 6). Gidsen Sint-Jan. Rood wit, ben blij dat 'k bij Sint-Jan zit! La double dépossession évoquée par Dickson serait celle orchestrée par la loi canadienne : sur la page de gauche, un original français déjà traduit de l’anglais, et dès lors déformé ; sur celle de droite, la nécessité de se traduire soi-même vers l’anglais. Essays in the Canadian Literatures : « binarism in Canada, while it is a violent stasis, masks, in fact, an anglophone hegemony » (1982 : 9). Nicole Nolette, durant ses études doctorales sous ma supervision, a rassemblé certaines ressources bibliographiques pour la préparation du présent article. Le bilinguisme est la faculté de parler ou d'écrire couramment deux langues. Il avait 29 ans. Ce faisant, l’auteur met en relief la vision dépassée, simplificatrice et stéréotypée des francophones qui continue d’être véhiculée dans les discours de langue anglaise au Canada. Jusque dans sa structure, L’homme invisible/The Invisible Man se construit dans l’équilibre entre ces deux aspects, qui ont en commun de relever d’une esthétique de la transformation, à l’encontre de « l’idéologie traductionnelle du pareil au même » (Brault 1975 : 204). La traduction de Blodgett, telle qu’il la décrit, « ne cherche pas avant tout les équivalences. Et aussi une manière simple d'améliorer son propre anglais. Toutefois, lorsqu’il fait dépendre cette amitié de « mots / où le son est le sens », il restreint d’autant l’étendue de leur terrain commun. Le lien avec le bilinguisme officiel n’est pas explicite dans le texte de Blodgett et Brault. La douloureuse traduction culturelle de l’incipit de L’homme invisible/The Invisible Man est certes récurrente à travers le texte, mais elle s’enrichit fréquemment d’un potentiel de transfiguration. La perspicacité du lien qu’il propose avec le bilinguisme officiel n’est cependant pas en cause. Reportant l’amitié sur une mésange, Brault s’en distancie. 13 oct. 2012 - Chansons et poèmes sommaire Anglais cycle III CM1 CM2 Aide à l'enseignement au cycle III fichier audio téléchargement Il faudrait que Desbiens offre son livre à la bibliothèque du Parlement d’Ottawa, et qu’on le place à côté de la Constitution canadienne, comme mémento. Le 18 juillet 1822, le corps sans vie du poète Percy Bysshe Shelley fut retrouvé sur le rivage de Viareggio, en Italie, rongé par le sel et l'eau. Essais critiques sur les littératures d’expression française en Amérique du Nord, Ottawa, Le Nordir (Roger-Bernard), 2001, p. 23-54. BibTeX, JabRef, Mendeley, Zotero, Bilinguisme officiel et traduction au Canada : les interprétations littéraires de Patrice Desbiens et de Jacques Brault / E. D. Blodgett, Bilinguisme officiel et traduction au Canada : les interprétations littéraires …, 1. condition humaine   De mémoire récente, la plus célèbre est celle de l’écrivain québécois Yves Beauchemin, qui, en 1991, avait qualifié les francophones du Canada vivant hors Québec de « cadavres encore chauds du fédéralisme canadien ». Mais la perturbation la plus importante a lieu ailleurs : bien qu’il y ait redondance partielle entre les versions anglaise et française du texte, les deux ne se redoublent pas entièrement, même sur le plan diégétique. À la symétrie du bilinguisme officiel, Blodgett et Brault ajoutent donc un corollaire qui en change la donne : la transfiguration réciproque. Maintenant le texte dans le registre de la nature, il retient plutôt de l’oiseau son vol. Émission “Création on air”. En fait, vu l’unité du récit bilingue, on pourrait même aller jusqu’à avancer qu’il n’y a pas deux langues dans L’homme invisible/The Invisible Man, mais bien une seule, coincée entre deux versions sans commune mesure. Dans cet exemple, cependant, la dénonciation est vite éclipsée par la chronologie que l’absence de traduction permet à Desbiens d’installer : à l’automne verlainien de la page française, l’hiver fait directement suite sur la page anglaise (Leclerc 2010 : 300 ; et Leclerc et Nolette 2014 : 269 le relèvent). Cette remarque veut mettre l’accent sur la similitude de leurs approches. En découle un travail de traduction continuel de la part de l’État, travail qui assure la symétrie de la production langagière gouvernementale. poème sur soi meme en anglais. Dans le passage qui suit, quand la page française reprend en le déformant un vers célèbre de Verlaine, la page anglaise omet d’y faire référence : On a vu plus haut que le faible poids symbolique des cultures d’expression française dans l’univers anglais du récit expliquait de telles omissions de références culturelles – omissions que la double page permet d’exposer et de dénoncer. Les résultats de cette situation se font sentir jusque sur la scène littéraire. littérature anglaise   Elle en conclut à un échec de l’identification de l’homme invisible à Audie Murphy. Il s’intéresse autant au cadre commun que le bilinguisme officiel leur procure qu’aux manières, divergentes, dont il s’en démarque. Certes, les écrivains français Rimbaud et Baudelaire, figures de la littérature mondiale que Desbiens récupère comme personnages, possèdent le statut nécessaire pour voyager vers la version anglaise ; mais ils ressortent dégradés de leur passage en Ontario français. anglais. En prenant parti pour le français contre l’anglais, Godbout ne sort pas des catégories établies par l’État, qui ne tiennent pas compte de « l’espace tiers » (Bhabha 1994 ; 1996) existant entre les entités qu’elles délimitent[11]. Pause-lecture avec la Gouverneur générale [sic] : le Conseil des Arts du Canada annonce les noms des lauréats des Prix littéraires du Gouverneur général de 1999. Décrivant l’« ellipse » constituée par le croisement des textes français et anglais agencés par Desbiens, Tremblay relate : « Au centre, on découvrait l’ampleur de la distance qui sépare les deux solitudes de notre pays, et dans le rétrécissement de la courbe, la problématique des Franco-Ontariens » (1996 : 207). Si les créateurs souhaitent, pour quelque raison que ce soit, que je retire cette vidéo, je le ferai. Dix-sept ans plus tard, en 1998, paraissait Transfiguration, coécrit par le Québécois Jacques Brault et l’Albertain E. D. Blodgett. Catherine Le renga est cette traduction qui permet au poème d’aller ailleurs que dans la seule reproduction, et c’est l’un des sens que les auteurs donnent à leur titre (voir Blodgett 2000 : 17). In the narrow interstice between English and French lies a world as heterogeneous as the two sociolinguitic spaces it both joins and opposes. Traductions en contexte de "poème sur" en français-anglais avec Reverso Context : Des blagues et un autre poème sur l'achat d'obligations constituent l'éditorial. Mais, tout autant, elle en reprend certains éléments, qu’elle transfigure – au sens cette fois où elle les améliore. Les interprétations disponibles accolent quasi systématiquement le mot « disparition » à L’homme invisible/The Invisible Man et lui donnent d’emblée une signification collective (ainsi, Lasserre 1995-1996 : 67 ; Paré 2007 : 1988 ; Lagacé 1999 : 86 ; J. Melançon 2008 : 6). poésie   En traduisant « Franco-Ontarien » par « French-Canadian », Desbiens montre qu’il maîtrise les usages culturels des deux univers linguistiques qu’il juxtapose. À la transfiguration des premiers répond l’altération du second, cette déviation néfaste qui le mène à l’exclusion. Cette catégorie comprend les 11 sous-catégories suivantes. L’auteure d’origine vietnamienne et établie en Colombie-Britannique présente un recueil de poèmes autobiographiques qu’elle formule dans les deux langues officielles. ... Sur ce post will partager collection nombreux photographies options par rapport à La Terre Vaine Et Autres Poemes Edition Bilingue Francais que peut certainement vous avoir, ... Téléchargement gratuit L Italie Au Miroir Bilinguisme Et Auto Traduction Dans La Poesie De 1 immobile mouvement du poème Abraham MoseKleins , La chaise berçante[The RockingChair] , traduit de l'anglais par MarieFrankland ,Édition s du Noroît, 2006 [1948]. Bilinguisme officiel, politiques et poétiques traductionnelles, 5. Le présent article veut rendre compte de leur relation, à la fois idéologique et formelle, avec le bilinguisme officiel et avec les pratiques traductionnelles qui lui sont associées. En effet, les poètes s’en prennent de manière particulièrement systématique à ce qu’Antoine Berman a décrit comme « la condition […] ancillaire de la traduction, qui répercute sur la condition des traducteurs » (1984 : 14). Je les prie simplement de m'en informer au préalable, sans porter plainte auprès de YouTube : le dialogue est toujours une vertu.) Avec Gaspard Ulliel, Marianne Faithfull, Warren Ellis et Lola Peploe. Le détournement de la formule de l’édition bilingue auquel s’adonnent Desbiens d’un côté et Brault et Blodgett de l’autre a reçu d’emblée, dans les deux cas, une interprétation critique en lien, mais aussi en contraste, avec les politiques canadiennes sur les langues officielles. Ces derniers voient les traces d’anglais qui parsèment les textes de l’écrivain comme des éléments exogènes intégrés dans une poésie de langue française. Ce choix ne saurait être innocent : faut-il rappeler la charge symbolique associée à l’alouette en contexte québécois et canadien ? Elle invite à un comparatisme attentif aux divergences existant entre diverses modalités de la rencontre des langues, même quand ces modalités semblent rapprochées. En même temps, à l’intérieur de cet interstice, les deux textes occupent des positions radicalement différentes. As one of us would leap into the air, the leap was made in the faith that the other would complete the leap. L’Anthologie bilingue de la poésie anglaise couvre treize siècles de création poétique : de Beowulf, l’épopée en anglo-saxon du VIIIe siècle, aux textes de Simon Armitage, né en 1963. En somme, Desbiens se sert de la symétrie des pages mises en regard pour dénoncer la fragilité d’une langue source incapable d’agir comme telle tant la langue cible est envahissante. Contre la logique de la loi, c’est cette logique de l’offrande qui est mise de l’avant dans le texte, comme en témoigne ce passage de Blodgett : La logique de l’offrande permet aux auteurs de faire – telle sera la réponse de Brault – « amitié avec des mots » (Brault in Blodgett et Brault 1998 : 41). De plus, Desbiens use de maintes autres stratégies pour renverser la direction attendue de la traduction, c’est-à-dire de la langue et du texte sources vers la langue et le texte cibles. Certes, les minorités postcoloniales que Bhabha situe dans l’espace tiers sont rarement, tel l’homme invisible, des sujets caucasiens établis de longue date dans un territoire. Ailleurs, l’usage des pronoms désignant les oiseaux s’harmonise. Il est cette fois pleinement parodique puisque la symétrie se fait ici railleuse : elle est visiblement employée pour être dénoncée – dénonciation qui a été dûment notée par la critique. EndNote (version X9.1 et +), Zotero, BIB Quelles que soient les positions des uns et des autres à son endroit, le bilinguisme officiel, dans son versant traductionnel, imprègne l’imaginaire national canadien. Il fut aussi le poète romantique le plus engagé, à la fois héritier des Lumières, rationaliste ardent et prophète aux accents bibliques, rêvant d'une révolution sans violence et d'une humanité sans Dieu ni maître sur une terre devenue paradisiaque. Néanmoins, plusieurs des composantes de l’univers de Transfiguration – à distance de la vie en société, et à fortiori des questions d’actualité sur le contact des langues officielles au Canada – peuvent être rattachées aux règles du renga. D’une tension entre deux espaces sociolinguistiques à la fois séparés et en interaction, il invite à déplacer le regard vers l’hétérogénéité de leurs lieux de rencontre les plus intenses. Poème d’amitié en anglais L’amitié est l’un des plus grands trésors de la vie. Dans un mouvement inverse, l’enrichissement que se promettent Blodgett et Brault affleure au travers des enjeux diglossiques de L’homme invisible/The Invisible Man. D’une part, elle place les poètes en terrain presque commun, le mimétisme entre son et sens tenant lieu d’universel ; de l’autre, la phonétique et l’orthographe différentes du français et de l’anglais maintiennent une distance, elles introduisent une variation qui rend le même autre. Ainsi chaque texte de départ se présente d’entrée de jeu comme étant incomplet, en attente de l’autre. Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures. Transfiguration illustrates the desire to exploit translation’s potential to scramble ownership and property. En insistant sur les éléments folkloriques associés à la culture canadienne-française, la page anglaise situe la culture canadienne-française dans un temps reculé – révélant par ce « denial of coevalness » (Fabian 1983 : 31) un rapport colonial entre les deux cultures dites fondatrices du Canada. En revanche, dans L’homme invisible/The Invisible Man, la proximité est à la fois inévitable et insoutenable. Douglas Coupland, un autre écrivain à succès, aborde directement la Loi sur les langues officielles dans son Souvenir of Canada : « sometimes the French name is so bizarre and cool looking », écrit-il à propos des étiquettes bilingues des produits, « that you just have to accept the fact that Canada is, in some obtusely Star Trek manner, a parallel-universe country, with two variations existing alongside each other ; and through the miracle of nationhood, we bounce back and forth between the two universes » (2002 : 10). Pourtant, sur les pages bilingues produites par Blodgett et Brault, chaque poème « original » est à la fois texte source (il est générateur du poème suivant) et texte cible (il est une réponse au poème précédent). ! dommage que dire ce genre de choses de nos jours soit de plus en plus rare ! Gaston Tremblay, par exemple, refuse de voir dans L’homme invisible/The Invisible Man un « texte politique », affirmant qu’on y trouve « plutôt l’expression de la douleur organique que vivent les auteurs franco-ontariens » (1996 : 206). littérature   De fait, dans leur manipulation de la formule de l’édition bilingue, Transfiguration et L’homme invisible/The Invisible Man entretiennent un dialogue idéologique et formel avec le bilinguisme officiel canadien et avec les pratiques de traduction qui lui sont associées. Plus encore, il devient un puissant moteur d’écriture. Tant la forme interrogative que l’isolement du « my friend » à la fin du vers transmettent ce doute. Les divergences entre les versions, la traversée des langues entre la page de gauche et celle de droite, de même que le bouleversement des attentes quant aux langues de départ et d’arrivée n’en sont pas exclus. Cette interprétation, on le voit, n’épuise cependant pas le fonctionnement du clignotement dans le texte. Pour une critique de la hiérarchisation des langues que maintient le modèle de Bhabha, voir Simon 1995 et Leclerc 2010 : 82-90. Ici aussi, le texte avalise des interprétations divergentes. Les interstices grouillants du bilinguisme officiel, www.ualberta.ca/~eaunger/discours/Opinion-2012.pdf, http://publications.gc.ca/collections/collection_2013/statcan/75-006-x/75-006-2013001-4-fra.pdf. L’inspiration que les poètes se reconnaissent – et à laquelle Blodgett assimile explicitement leur démarche dès l’incipit du recueil (voir Blodgett in Blodgett et Brault 1998 : 8) – est le renga, un art poétique japonais dont la popularité a culminé il y a plusieurs siècles (voir Horton 1993 : 443 ; Brazell et Cook in Konishi 1975 : 29). Mobilisé d’une manière qui peut aisément sembler dénonciatrice, ce bilinguisme exemplifierait les conséquences néfastes, relevées par Brault et Blodgett dans leurs essais, d’une application des arrangements linguistiques symétriques à des milieux diglossiques : c’était la condamnation sans appel, le rejet ontologique du monde que représentait pour Desbiens la langue maternelle française, déchue, dilapidée, indifférenciée, entachée par le malaise et la honte, paralysée et paralysante jusqu’à la désarticulation des structures de la subjectivité.